Désinformation et Education aux médias

Doit-on « se former » aux médias, à la lutte contre la désinformation et aux théories du complot ?

.Avant de commencer, voici un petit lexique qui pourra peut-être vous être utile :

Conspiration, conjuration & complot : Ces trois mots désignent dans la langue française les agissements secrets d’un groupe. Pourtant, alors qu’une conspiration désigne un accord entre plusieurs membres d’un groupe (les conspirateurs) dans un but, ce dernier n’est pas forcément malfaisant. De la même manière, une conjuration est une action menée par des personnes liées par un serment, notamment dans un but politique (comme cela a eu lieu contre Caesar).  Seul le mot « complot » sous-entend clairement un rassemblement dans le but de nuire à quelqu’un ou quelque chose.
Croyance : Fait de croire, c’est-à-dire de tenir une chose pour véritable ou réelle, d’être persuadé ou convaincu qu’elle est vraie ou qu’elle existe, sans avoir de preuve et indépendamment des faits. C’est une forme de conviction intime, de certitude, non rationnelle et excluant le doute (dans le cadre de la religion, on parlera de foi).
Débunker : Démontrer que quelque chose (croyance ou théorie) est fausse, douteuse ou exagérée (l’équivalent de démystifier).
Deep fakes : Nouvellement arrivés parmi nous, les deep fakes sont le résultat d’avancées technologiques au niveau de la falsification. Ainsi, on peut ajouter un visage sur un corps qui n’est pas le sien ou même modifier les paroles prononcées avec une précision accrue. Au départ utilisés à des fins pornographiques, les deep fakes s’étendent aujourd’hui à d’autres domaines (notamment en politique).
Désinformation : Action de désinformer, c’est-à-dire de diffuser par les médias des informations délibérément erronées ou orientées, dans le but de protéger des intérêts privés et/ou d’influencer l’opinion publique. Une petite touche de vérité sert toutefois à crédibiliser le propos. Plus subtile que la « fake news », la désinformation contient juste assez de vérité pour rendre crédible le propos, même s’il reste essentiellement faux.
Fakes news : En français « fausse information » est devenu un mot courant de notre vocabulaire, surtout en politique, popularisé notamment par Donald Trump aux USA. C’est un phénomène tellement commun dans notre vie quotidienne, que de nombreux médias et autres organismes se sont dotés de services de vérification afin d’essayer d’endiguer leur propagation (fact-checking : littéralement, « vérification des faits » en français).
Hackers & hacking : Le hacking est un ensemble de techniques utilisées sur internet et visant à exploiter des failles informatiques ou craquer des systèmes de protections de manière à avoir accès à des données (soit dans un but licite comme les lanceurs d’alerte, soit illicite comme les voleurs de carte bleues).
Haters (sur internet) : Le mot est assez transparent en anglais, et désigne les personnes qui déversent leur haine (peu importe l’objet) via des blogs, réseaux sociaux, sub-reddit, etc.
Hoax : Fausse information, canular malveillant, propagé via internet.
Information : Action d’informer ou de s’informer, c’est à dire de donner des informations, de communiquer une nouvelle avec neutralité et sans intention de convaincre ou de recueillir des renseignements.
Intox : Matraquage idéologique ou canular qui cherche à faire passer pour vrai ce qui est faux.
Mésinformation : processus par lequel s’élabore et se diffuse une information distordue ou incomplète, du fait du manque de vigilance, d’un excès de confiance, de l’indolence, du manque de méthode, de l’ensemble des maillons de la chaîne d’information. Les termes « mésinformation » et « désinformation » sont parfois utilisés comme synonymes, car ils ont le même effet, à savoir, la propagation de fausses informations.
Opinion : Jugement, avis, sentiment qu’un individu ou un groupe émet sur un sujet ou des faits. Cette opinion peut être orientée et/ou partisane.
Propagande : Opération visant à répéter des « vérités officielles » de manière plus ou moins subtiles (panneaux publicitaires vs représentations dans le cinéma). Le plus souvent, l’utilisation de cet outil a cours en période de guerre ou au sein de régimes totalitaires. On parle aussi de « guerre psychologique ».
Ré-information : Concept très souvent associé à des blogs propageant des intox, des rumeurs et des théories du complot. Il est question selon ceux qui utilisent ce terme de « revenir à la vérité » sauf qu’il s’agit la plupart du temps du phénomène inverse qui se produit. (Terme très fortement utilisé dans le milieu d’extrême droite)
Rumeur : Nouvelle, bruit qui se répand dans le public, dont l’origine est inconnue ou incertaine et la véracité douteuse.
Théorie du complot : Récit d’un évènement à la lumière d’une conspiration. Généralement, la théorie du complot est une thèse selon laquelle les événements mondiaux sont planifiés par un groupe secret d’hommes dont le but est de dominer le monde.
Trolls (sur internet) : Personne qui vise à générer des polémiques. Ils sont là soit pour poster des messages provocateurs dans le but d’attirer des réponses et de susciter l’intérêt, soit pour manipuler via la diffusion de théories de complot, pour désinformer, etc.

Aujourd’hui, avec la montée des réseaux sociaux, on voit se propager les fausses informations de manière ultra-rapide et avec une audience démultipliée. Il suffit en effet d’un partage d’article ou d’un simple statut pour lancer la polémique et créer de la désinformation, avec parfois des effets directs dans la vie réelle (comme la manipulation d’électeurs ou la mise en danger d’une personne) ou dans la vision de certains événements et/ou de certaines personnes.

Quelques chiffres concernant la circulation de l’information sur internet :

  • Une vraie information est retwittée rarement plus de 1 000 fois, alors que les fake news peuvent l’être jusqu’à 100 000 fois ! (Massachusetts Institute of Technology – The spread of true and false news online)
  • 59 à 60% des articles partagés sur les réseaux sociaux n’ont même pas été lu, seul le titre l’a été (Université de Columbia – Social Clicks: What and Who Gets Read on Twitter ?)

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Mais comment peut-on faire pour éviter de tomber dans le piège de la désinformation ?


D’abord, voici quelques conseils de base :

  • Prêtez attention à l’adresse du sitesur lequel vous êtes, parfois il suffit de quelques lettres pour différencier un site officiel de sa copie (par exemple : Le Figaro et son équivalent satirique Le Gorafi).
  • Essayez de trouver de multiples sources et types de sources pour une même information (attention aux informations reprises seulement par des blogs par exemple). C’est un des conseils les plus importants : recouper l’information. Attention à ne pas s’arrêter dès que l’on trouve une source qui va dans le sens de ce que l’on essaye de prouver, mieux vaut continuer et en trouver plusieurs pour asseoir son propos. Ce phénomène se nomme le « biais de confirmation », il consiste à ne remarquer et ne rechercher que ce qui confirme nos propres opinions. Il peut être particulièrement dommageable dans le domaine des croyances et des préjugés. Pour aller plus loin sur ce sujet, un article détaillé des Sceptiques du Québec (avec une vidéo sympathique de La tronche en Biais). Mais rassurez-vous, nous sommes tous enclin à le faire.
  • Penchez-vous sur l’identité de l’auteur de l’article ou de la nouvelle en question, si besoin et en cas de doute, essayez de vous renseigner sur les autres articles produits par ce dernier (est-ce qu’il est journaliste ou militant politique fortement impliqué par exemple, quelles sont ses qualifications sur le sujet ?), mais attention à ne pas tomber dans le biais d’autorité (tendance à surévaluer la valeur de l’opinion d’une personne que l’on considère comme ayant une autorité sur un sujet donné) !
  • De la même manière, n’hésitez pas à vous renseigner sur le site qui héberge le contenu qui vous pose question. Il devrait y avoir une partie présentant le ou les auteurs du site, si ce n’est pas le cas, essayez de vous renseigner en passant par Google. Si aucune réponse ne vous parait satisfaisante, prenez l’information avec de grosses pincettes (c’est par exemple le cas des sites anti-ivg qui ont récemment fait débat, il leur est reproché de ne pas se présenter assez clairement et de ne pas indiquer l’idée qu’ils défendent, ce cas relève même du délit d’entrave en ligne selon l’article L2223-2 du code de la santé publique).
  • Attention, certains journaux « officiels » laissent la possibilité à leurs lecteurs de s’exprimer dans une section « tribune ». Les informations présentent à ces endroits sont alors des opinions personnelles et non des informations rapportées par le journal (par exemple la section « Vox » du Figaro).
  • La qualité esthétique du sitepeut parfois être un indicatif concernant son contenu (par exemple, un design de mauvaise qualité ou des articles écrits entièrement en majuscule), mais pas toujours, c’est donc un critère qui ne s’utilise pas seul (certains tenant des sites de désinformation ont compris cela et prennent maintenant soin de leur présentation).
  • Essayez de prendre du recul et de faire attention aux articles polarisants. A partir du moment où le discours tenu joue sur l’émotionnel, il vaut mieux essayer de recouper l’information. En effet, un article qui provoque une vive émotion encourage à réagir sur le moment (partage et/ou commentaire indigné par exemple). C’est une technique souvent utilisée sur les réseaux sociaux et qui sert régulièrement à faire passer de fausses informations ou en tout cas des informations douteuses ou faire du clic.
  • Essayez également de faire attention aux articles présentant de nombreux marqueurs de subjectivité, surtout si le sujet n’appelle pas à un tel traitement. Si c’est un article de témoignage, cela peut s’entendre, mais si c’est un article relatant des faits, il vaut mieux être prudent. Cela s’appelle la modalisation, et peut se traduire par la présence de pronoms particuliers (je, nous, mon, notre…) mais aussi par la présence d’indices trahissant les sentiments ou l’avis de l’auteur. Ce dernier essaye de rallier les lecteurs à sa cause en essayant de faire appel à leurs sentiments et de former une communauté, plutôt que d’utiliser des arguments.
  • Soyez attentifs aux sources proposées par l’article,ou même s’il en cite tout court. Si l’article parle d’une étude, est-ce qu’il la propose à la consultation de manière totale, seulement un résumé ou fait-il vraiment appel à une étude réelle tout court ?

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Exemple d’un processus d’analyse (ce n’est pas le seul possible, n’hésitez pas à l’enrichir) :

  1. L’adresse du site: est-ce que c’est un journal reconnu ? Est-ce que c’est un blog ?
  2. Le ou les auteurs du site: Est-ce qu’une section du site présente ses auteurs clairement ? Est-ce que cette partie est facilement accessible ou difficile à atteindre ? Est-ce que l’information délivrée est claire ? Est-ce qu’il faut repasser par un moteur de recherche pour connaitre les auteurs du site ? Est-ce qu’ils défendent une position particulière qui risque d’influencer leur propos ?
  3. Les sources: Est-ce que le site propose des liens ? Est-ce que ces liens renvoient seulement vers des blogs ou au contraires vers des journaux et des études reconnues ? Est-ce que vous pouvez trouver confirmation de la réalité des citations mentionnées ? Est-ce que ces dernières sont entières ou ont été soigneusement amputées des parties ne convenant pas au propos défendu ?
  4. Le style et le vocabulaire: Est-ce que l’article comporte beaucoup de fautes d’orthographe et/ou de ponctuation ? Est-ce que le vocabulaire utilisé est plutôt relevé ou complètement familier ? Est-ce que tout est écrit en majuscule ? Est-ce que le texte joue sur l’émotionnel (phrases hyperboliques) ou s’ancre dans le domaine du factuel ?
  5. Esthétique : A quoi ressemble le site ? Est-ce que la mise en page est esthétique est travaillée ? Est-ce que les images présentes sont pixélisées ou grossièrement photoshopées ?
  6. La présentation des articles sur les médias sociaux: Est-ce que les articles se reposent sur le fameux principe du « clickbait » ?

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Que faire lorsque l’on ne parvient pas à se débrouiller seul ? Ou lorsque l’on ne trouve pas l’information voulue ?

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Dans ce cas, mieux vaut ne pas rester seul avec ses doutes !

Essayez plutôt d’aller chercher de l’aide sur Hoaxbuster par exemple. Une armée d’amateurs sur-entrainés vous attendent sur la page facebook du même nom et vous aidera à démêler le vrai, du faux, du douteux. Le plus, c’est que des liens seront apportés, ce qui vous permettra d’avoir une (ou plusieurs) ressources sur le sujet.

N’hésitez pas à naviguer sur la page, car de nombreux sujets sont traités chaque jour, et ce que vous cherchez a peut-être déjà été débunké précédemment.

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Est-ce que des supports sont disponibles pour éclairer le phénomène de la désinformation ? Comment peut-on présenter ce sujet à des personnes qui ne sont pas familières avec cette notion ?

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Quelques ressources sur lesquelles se pencher :

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Un autre lieu qui rassemble des tas de ressources et d’informations sont les sites des différentes académies, et plus particulièrement les sections concernant l’éducation aux médias :

En version papier, on notera « La théorie du complot » dans la collection « Pour les nuls » de chez First Editions (contrairement à ce que laisse entendre le titre de la collection, ce sont des ouvrages très riches et très pédagogiques, qui sont adressés à tous).

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On parle souvent de « théorie du complot », mais qu’est-ce que cela désigne vraiment ?

« Une théorie du complot est un récit pseudoscientifique, interprétant des faits réels comme étant le résultat de d’action d’un groupe caché, qui agirait secrètement et illégalement pour modifier le cours des évènements en sa faveur, et au détriment de l’intérêt public. Incapable de faire la démonstration rigoureuse de ce qu’elle avance, la théorie du complot accuse ceux qui la remettent en cause d’être les complices de ce groupe caché. Elle contribue à semer la confusion, la désinformation, et la haine contre les individus ou groupe d’individus qu’elle stigmatise. »

Source de la définition : ontemanipule.fr

Depuis ces dernières années, il est devenu difficile d’échapper à la théorie du complot, que ce soit dans une cours de récréation ou dans un discours politique. Quasiment tout évènement est susceptible aujourd’hui de devenir l’objet d’une ou plusieurs théories du complot, et encore plus s’il sort de l’ordinaire.

Cette tendance a été renforcée de manière phénoménale par internet (où c’est un des sujets des plus présents sur la toile) et par le développement des réseaux sociaux (où les mêmes mécanismes psychologiques de la foule ont retrouvé leur place, avec en tête les rumeurs, ragots, haine, appels au meurtre et même lynchage).

« Les foules ne connaissant que les sentiments simples et extrêmes ; les opinions, idées et croyances qui leur sont suggérées sont acceptées ou rejetées par elles en bloc, et considérées comme des vérités absolues ou des erreurs non moins absolues »

Gustave Le Bon – La psychologie des foules (1895)

Une autre explication à cet essor est que c’est un sujet qui fait vendre : livres, films, mais aussi jeux vidéo et même rap.

Concernant le caractère commun, voire banal, des théories du complot et l’influence d’internet dans ces croyances :

 « Les moins de 35 ans, les moins diplômés et les catégories sociales les plus défavorisées demeurent les plus perméables aux théories du complot : 28 % des 18-24 ans adhèrent à 5 théories ou plus, contre seulement 9 % des 65 ans et plus. »

(Source : enquête Ifop sur le complotisme – Décembre 2018)

La recherche d’information et le croisement des sources est un processus qui peut s’avérer long et compliqué, surtout lorsque l’on commence. Toutefois, c’est une pratique qui devient essentielle et qu’il est nécessaire de maîtriser pour ne pas tomber dans les pièges de la désinformation (sur internet mais aussi dans notre vie courante). Mieux vaut vérifier pour rien que de croire aveuglément un titre d’article.

Lutter contre la théorie du complot est également une affaire de longue haleine qui demande du sérieux et beaucoup d’efforts. La réalité se situe le plus souvent au croisement des deux attitudes extrêmes prônant le complot partout ou le complot nulle part. Toute la difficulté réside à naviguer entre les deux.

« Tout croire et ne rien croire sont deux solutions également commodes, qui l’une comme l’autre nous dispensent de réfléchir »

Henri Poincaré, mathématicien

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J’espère que ces quelques conseils et petits trucs vous rendront cette tâche plus aisée !

Courage à vous.

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  1. Comme ajouté sur votre FB, ça me fait un bon exercice de lire votre avis
    Actuellement sur la plateforme, (nous sommes en deuxième semaine) : https://www.fun-mooc.fr/
    ► MOOC Éducation aux médias et à l’information à l’ère du numérique
    https://www.fun-mooc.fr/courses/ENSCachan/20008S03/session03/info
    Un MOOC est un cours numérique gratuit, pendant quelques semaines
    Pas de réel challenge, de notes ………, mais des quiz après chaque semaine qui vous permettraient d’obtenir un certificat de suivi

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